La fusion par GenF

La fusion par GenF

Propositions pour maintenir la France dans la course internationale à l’enérgie de fusion.

Contexte

La fusion nucléaire, l’énergie des étoiles, consiste à faire fusionner des atomes d’isotopes de l’hydrogène, pour générer une énergie abondante, sans émission directe de CO₂ et sans besoin d’enfouissement de déchets radioactifs. Elle présente un réel potentiel stratégique pour sécuriser le mix électrique à long terme, renforcer la souveraineté énergétique et maintenir une filière nucléaire française de classe internationale. Parmi les technologies de fusion, la fusion par confinement inertiel, à la différence d’ITER, utilise de puissants lasers pour comprimer et chauffer le combustible de fusion. C’est la seule technologie à avoir démontré actuellement et expérimentalement un gain d’énergie (Ignition en déc. 22 au NIF (US)). C’est surtout un domaine où la France dispose d’une avance scientifique et technologique unique en Europe grâce aux investissements sur le long terme, au profit du CEA avec la réalisation du Laser Mégajoule (LMJ).

Contexte international et positionnement européen

L’Allemagne, malgré sa sortie progressive de l’électronucléaire, cherche à se positionner comme leader européen de la fusion pour l’énergie, notamment via le programme « Fusion 2040 » annoncé à plus de 2 milliards d’euros d’ici 2029.

Sans disposer d’un outil équivalent au LMJ, le gouvernement Merz annonce l’objectif de construire sur son sol un premier réacteur à fusion inertielle laser à l’horizon 2040, avec la volonté explicite de capter une part majeure des financements européens au détriment de la France.

Les start-ups allemandes Marvel Fusion et Proxima Fusion ont levé des montants significatifs de capitaux privés, soutenant le narratif allemand de leadership en matière de fusion. Dans les faits, ces entreprises sont fortement insérées dans l’écosystème américain (implantations et financements), ce qui fait peser un risque de fuite de technologies stratégiques hors d’Europe d’une part et de dépendance européenne vis-à-vis d’acteurs non européens d’autre part.

Par ailleurs, le Royaume-Uni a positionné sa feuille de route Fusion en mars 2026 avec une dotation de 2.5 Milliards £ pour soutenir son écosystème académique et industriel historique.

Atouts français et spécificité de la fusion inertielle

La stratégie française est aujourd’hui perçue par nos partenaires comme centrée sur ITER et la fusion magnétique. ITER est une installation expérimentale internationale à forte dimension pré-compétitive, dont les résultats et savoir-faire sont partagés entre toutes les puissances participantes, sans ancrage industriel national ou européen direct ni perspective courte de retombées commerciales.

Les États-Unis et la Chine, tout en bénéficiant d’ITER, ont déjà lancé leurs propres prototypes industriels nationaux avec des calendriers ambitieux, portés par des financements publics massifs et des investissements privés. À ce stade, la France n’a pas l’équivalent d’une trajectoire fusion clairement affirmée, notamment pour la fusion inertielle où elle dispose pourtant d’un avantage comparatif décisif.

Un écosystème français déjà structuré autour de la fusion inertielle

En Nouvelle-Aquitaine, Thales a créé GenF, spin-off dédié à la réalisation d’un futur réacteur industriel de fusion inertielle laser. Lauréate de France 2030, GenF s’implante au Barp (Gironde), à proximité immédiate du CEA/LMJ, pour bénéficier d’un écosystème déjà constitué dans la photonique, les plasmas et les technologies associées.

GenF a pour objectif à court terme de mettre en place un « Fusion Hub » pour maturer les briques technologiques d’un réacteur (production et injection de cibles combustible, lasers haute cadence et systèmes de contrôle). La Région Nouvelle-Aquitaine soutient cette initiative, et l’inauguration du site de GenF au Barp en mai 2025 marque une étape structurante vers l’émergence d’une filière française de fusion par confinement inertiel.

Cet écosystème repose notamment sur :

Le CEA-CESTA (LMJ) et ses décennies d’expertise en fusion inertielle et lasers de puissance ;
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Le laboratoire CELIA (CNRS/Université de Bordeaux) et ses compétences en physique des plasmas ;
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L’École Polytechnique et ses capacités en modélisation et simulation ;
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Les entreprises Thales et Amplitude, avec un savoir-faire industriel dans les systèmes laser haute énergie de premier rang;
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Un réseau de PME spécialisées en optique, matériaux et technologies critiques.
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Ce tissu est le résultat d’investissements publics de long terme et d’un portefeuille de brevets français substantiel. Le projet TARANIS de GenF, sélectionné dans le cadre de l’appel à projets « Réacteurs nucléaires innovants » de France 2030, prévoit un prototype industriel après 2035.

Propositions

GenF soutient les initiatives visant à se doter d’une stratégie nationale pour la fusion nucléaire, couvrant de façon équilibrée l’ensemble des approches (magnétique, inertielle, autres concepts innovants) et s’appuyant pleinement sur ses start up, les acquis du CEA, d’ITER et de l’écosystème de Nouvelle-Aquitaine pour la fusion inertielle.

Cette stratégie pourrait :

  1. Afficher un engagement financier pluriannuel, amplifiant les investissements de France 2030, aujourd’hui trop modeste au regard de la compétition internationale ;
  2. Mettre en place un cadre réglementaire simplifié et attractif pour les investissements privés et étrangers (Choose France), et créer une gouvernance interministérielle dédiée à la fusion s’appuyant sur l’ASNR pour les enjeux de sûreté ;
  3. Développer une position européenne volontariste permettant de rééquilibrer l’avance revendiquée par l’Allemagne et de bâtir des partenariats en cohérence avec les compétences établies ;
  4. Développer des partenariats intergouvernementaux spécifiques avec d’autres pays intéressés (ex : Singapour) ;
  5. Positionner la Région Nouvelle-Aquitaine comme pôle européen de référence pour la fusion inertielle (laser) ;
  6. Soutenir l’émergence et la croissance d’acteurs industriels exploitant les résultats de la recherche pour proposer des solutions compétitives (notamment GenF pour la fusion inertielle) ;
  7. Inscrire l’énergie de fusion dans la prochaine politique pluriannuelle française (PPE).

La France dispose déjà des compétences scientifiques et techniques, des infrastructures et de l’écosystème industriel nécessaires pour être un acteur de premier plan de la fusion. Seule une décision politique forte permettra de transformer ces atouts en avantage stratégique durable et d’éviter que l’Allemagne ne prenne seule, en Europe, le leadership de la fusion et la maîtrise des investissements associés ainsi que de sa supply chain.